Photos sur internet: protéger son droit d’auteur

Par • 22 juil, 2009 • Catégorie: Articles

Le souci n°1 de l’auteur photographe qui publie ses photos sur internet est le respect de son droit d’auteur.

Professionnels comme amateurs, nous voulons être reconnus pour notre travail indépendamment de sa qualité et des remarques qu’il peut susciter. Car le propre du blogueur photographe est de se montrer et si possible susciter de l’intérêt, des remarques et pour les plus orgueilleux de l’admiration.

Et comme nous avons une haute opinion de notre travail, il n’est pas question de laisser n’importe qui s’approprier le fruit de tant d’efforts, voire tirer gloire et argent en notre lieu et place.

C’est pourquoi cette question revient fréquemment sur les fora photographiques: Comment protéger (efficacement) ses photos ?

Une fois pour toute qu’on se le dise, il n’existe aucun moyen sûr à 100% de protéger ses créations. Une photo publiée sur le net est une cible facile aussi sûrement qu’une brebis égarée l’est pour un loup affamé. Acceptez-le ou ne publiez rien.

Une fois cette mise au point faite, il existe toutefois des méthodes qui permettent de réduire le risque encouru, mais dites vous bien que rien ne vous permettra de verrouiller l’utilisation de vos images.

Je précise qu’en droit français, l’auteur d’une photographie est le seul propriétaire et bénéficiaire de la photographie. Attention, cela ne veut pas dire que vous pouvez faire n’importe quoi de vos photos, car leur utilisation doit rester compatible avec le droit à l’image du sujet photographié.

Les protections élémentaires

Voici quelques techniques simples issues du bon sens le plus élémentaire pour décourager l’usage illicite de ses photos:

  • le copyright ©

copyrightnxSur votre photoblog, n’hésitez pas à mentionner que les photos sont l’oeuvre de leur auteur, qu’elles ne sont pas libres de droit et que leur reproduction est interdite sans l’accord explicite de l’auteur. Cela ne mange pas de pain et a le mérite d’annoncer la couleur.
Certains sites communautaires ou d’hébergement, à l’instar de flickr, proposent directement cette option; là encore, il ne faut pas hésiter à en abuser.

De même, les données EXIFS de vos photos sont tout à fait à même de recevoir cette mention de copyright. Je dirais même plus, votre logiciel videur de carte ainsi que votre logiciel de retouche (et même votre appareil photo) doit vous proposer la possibilité d’insérer automatiquement le copyright lors du traitement des fichiers. Cette étape étant automatique vous n’aurez plus à vous en soucier par la suite.

Bien, vous avez mis des copyrights partout, c’est parfait. Cela ne sert pourtant pas à grand chose.

  • altérer la qualité d’image

C’est la méthode la plus couramment retenue pour éviter des reproductions illicites. L’idée est de pouvoir présenter son travail, mais de décourager tout plagieur sur un support un peu sérieux, car la qualité est trop réduite. Là encore plusieurs possibilités s’offrent à vous.

- Insertion d’une signature ou d’un watermark. Cela peut aller d’une légère signature discrète à un gros texte jurant au milieu de l’image. Dans le premier cas, un léger crop permettra de se débarrasser de la signature alors que dans le second, c’est vous qui serez désespéré de publier vos photos défigurées.

photosig

- Réduction de la qualité de la compression: Internet diffuse les photos en JPEG. Optez pour un fort taux de compression et grâce à la pixelisation outrancière et aux artefacts disgracieux, personne ne voudra de vos photos. Effet garanti ;)

photonosig

- Réduction de la résolution de vos photos. C’est personnellement la méthode que je préconise. Diffusez à une résolution moyenne vous permettra de faire apprécier votre talent et de prévenir une utilisation réellement professionnelle. Personnellement, je diffuse mes photos avec leur plus grand côté mesurant 1200px. C’est plus que la moyenne des gens, mais il me faut au moins ça ;) Du reste en cas de litige, je peux toujours prouver être l’auteur puisque je dispose de la version originelle, bien plus grande.

  • acheter des logiciels onéreux qui vous garantissent l’inviolabilité de votre propriété intellectuelle

Oui pourquoi pas …
Je le redis encore une fois: une photo affichée sur votre écran est une photo (potentiellement) piratée.

Pour ceux que cela rassure de payer (oui oui, il y en a et pas qu’un peu): vous pouvez également aller voir ces solutions de watermak invisible: SureSigne ou DigiMarc. Je ne les ai pas testé et ne suis pas près de le faire, mais n’hésitez pas à laisser un commentaire si vous avez des expériences positives ou négatives avec ce type de logiciels.

Maintenant tout est affaire de compromis entre ce que vous souhaitez diffuser et le risque que vous acceptez de prendre.

Surveiller le web

Il est bien sur plus facile de surveiller le web (encore que …) que surveiller des publications papier, surtout quand celles-ci sont étrangères.

  • Utiliser des moteurs de recherche d’image

Rien n’empêche de consulter google images (ou équivalent) pour essayer de retrouver une image sur un critère donné, p.ex. un tag que vous aurez associé à votre image. C’est sans doute aussi utile que chercher une aiguille dans une botte de foin, mais qui sait, cela peut parfois marcher.
A noter qu’il existe maintenant des moteurs de recherche d’image par l’image elle-même. L’exemple le plus connu est sans doute TinEye (à ajouter comme plugin pour firefox): ces moteurs font une analyse comparative des images entre-elles (ne me demandez pas comment même si j’ai ma petite idée) et vous affichent à la fin les résultats les plus pertinents. L’inconvénient est qu’il leur faut disposer de bases de données d’images conséquentes et que les traitements informatiques sont lourds et longs.

tineye

  • Faire le détective du web

Ou lorsque l’amour de la photographie se mélange avec l’amour des nouvelles technologies… A réserver à un public plus averti.
Pourquoi plus averti ?
Depuis le début de cet article, nous discutons des moyens de contrôler la diffusion de ses propres images. Cela suppose qu’à un moment donné vous souhaitez réellement maitriser cette diffusion. C’est-à-dire ne pas poster à tout va sur tous les premiers sites venus, communautaires ou pas, qui dès le téléchargement de votre photo sur leurs serveurs se chargeront de supprimer consciencieusement les données EXIFS de votre photo, pour commencer (n’est-ce pas Mr Bokeh ;) ). Vous avez donc très probablement votre propre galerie ou site perso, hébergé par X, Y ou vous-même et avez donc également à disposition un outil de statistique de fréquentation du site en question, que vous consultez compulsivement…

Cet outil de statistiques, en fait ces outils – nous allons voir pourquoi, sont une mine d’informations.

Ils permettent de savoir précisément qui vient vous voir et pourquoi. Par exemple, ils vous indiquent que Mr Big Brother heu… Google vous apporte tant de visiteurs qui ont indiqué tel et tel mot clef dans leur recherche. Soit.
Ils nous indiquent surtout la provenance des visiteurs des autres sites web. Et là c’est très intéressant. Car vous retrouvez alors facilement quel site a parlé de vous et pourquoi. Bien souvent, il s’agira de blogs ou de fora qui ont le bon goût – et la paresse – de partager les informations avec des liens hypertexte. Tant mieux, on parle de vous, cela vous apporte du traffic et cela montre aussi (dans le cas de la photographie) un minimum de respect par rapport au droit de l’auteur. En général dans ce cas-là, si vous vous estimez floués par l’utilisation abusive de votre contenu, un petit mail bien senti à l’auteur du lien réglera très vite la situation.

piwik

Une petite anecdote: je cherchais une image d’illustration pour mon propre blog. J’avais trouvé une superbe image sur flickr et malgré que l’image était bel et bien copyrightée, j’ai utilisé cette image. Par acquis de conscience, j’ai tout de même cliqué sur le lien renvoyant sur le compte flickr en question afin de le « faire savoir » à son auteur de façon discrète. Quelques heures plus tard, je recevais un commentaire demandant le retrait de l’image. J’ai alors présenté mes excuses et demandé à l’auteur par email l’autorisation d’utiliser sa photo. Devant son refus, je n’ai pas insisté et j’ai fini par réaliser moi-même la photo, ce dont je ne me porte pas plus mal.

Je pense que 90% des cas peuvent ainsi se régler à l’amiable, la majorité des gens n’étant pas foncièrement méchante.

Une approche un peu plus fine consiste cette fois à utiliser les statistiques du serveur web. Pour rappel, je distingue ici les moteurs de stats côté client (tels que xiti, google analytics, phpmyvisits) qui s’exécutent depuis votre navigateur, des moteurs côté serveur (tel que webalyzer, consultable pour les pages perso chez free) qui s’exécutent … sur le serveur hébergeant votre site.

Ainsi le moteur de stats côté serveur vous permet de contrôler quels fichiers sont servis et d’où vient la demande. La différence avec le moteurs côté client, est que pour que ceux-ci fonctionnent, il est impératif qu’un internaute se rende sur votre site et active son JavaScript.

webalyzer

C’est ainsi que j’ai découvert récemment comment une de mes images a été littéralement pompée par un blog, politique de surcroit (!!), sans le moindre accord demandé ni même lien hypertexte, le blog se contentant d’indiquer l’adresse originelle de l’image. (C’est d’ailleurs ce qui a motivé l’écriture de cet article – mon premier plagiat !) Ainsi peu de moyens de découvrir la fraude. Sauf qu’un référent (site pointant vers le mien) revenait un peu trop souvent dans les fameuses statistiques.
Il faut bien comprendre une chose, c’est que si ce référent apparait dans mes statistiques serveur et pas dans mes statistiques clientes, c’est que non seulement l’indélicat viole mon droit d’auteur, mais en plus, il squatte mes ressources serveur: la bande passante utilisée pour afficher MON ‘image sur SON blog provient de MON site !!! Dans le cas d’un hébergement gratuit type free, c’est peu grave, mais dans le cas d’un hébergement payant, je peux vous dire que le préjudice est réel.

L’auteur du blog a ainsi reçu un gentil courrier lui rappelant les bonnes manières et l’article est désormais hors-ligne. ( Ce qui est vraiment stupide, il lui suffisait de supprimer l’illustration.)

Le pire dans tout cette histoire, est que j’aurais été vraiment ravi de le laisser exploiter cette image, eut-il demandé poliment l’autorisation, comme j’ai pu le faire avec d’autres photos d’un certain concert.

A noter pour les heureux utilisateurs de WordPress, il existe un plugin appelé PictPocket adressant justement le hotlinking, ie. le squatt de contenu. Comme dans mon cas, vous payez la bande-passante de quelqu’un utilisant votre contenu.

Enfin dans les cas que je considère plus graves, ceux par exemple où le plagieur retire un bénéfice pécuniaire de l’usage de votre oeuvre (journaux papier ou en ligne, mais pas les blogs avec de l’adsense ;) ), il est vous est toujours possible d’envoyer une facture à cet éditeur. Bien sur, il vous faudra la possibilité de facturer, ce qui peut se régler facilement avec le nouveau statut d’auto-entrepreneur.

Pour info, les côtes de la photographies ont été dévoilées récemment par l’Union des Photographes Créateurs.


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  • Butch

    Que des bons conseils. Que penses tu de mettre tes photos en flash sur ton site. C est vrai c est pas top pour le referencement dans les moteurs de recherche mais ensuite la seule façon de les récupérer et de faire une capture d ecran ce qui altére pas mal la qualité.

  • Rom1desbois

    Complet, bien travaillé, tres interessant ! Bien vu !
    Pour ma part, je diffuse uniquement mes photos sur FlickR et ici même (pour l’instant) et j’avoue guère me soucier du droit d’auteur. Je pars du principe (tres certainement à tort) qu’etant amateur, Internet reste le seul et bon moyen de se faire connaitre…donc pourquoi limiter la diddusion de son travail…? Quand il s’agira de gagner de l’argent (si Dieu le veut, un jour :-)), là, oui, la question du droit d’auteur m’interpellera !

  • http://totographe.free.fr totographe

    La question de la qualité des photos que nous, amateurs, pouvons proposer, est une façon d’aborder le pb. Certains pensent avec modestie que leurs créations ne valent pas grandchose, d’autres pensent que peu importe la qualité de ce qu’on propose, il est nécessaire de rétribuer un auteur par rapport à son travail.

    Personnellement, j’adhère aux 2 avis, il ne faut pas se monter la tête sur ses propres photos, mais en même temps, je défends la propriété intellectuelle – pas uniquement concernant la photo d’ailleurs.

    Quant au flash, perso je déteste les galleries en flash: j’aime pouvoir faire un click droit sur une image et regarder les exifs ou l’histogramme d’une image. Et puis la navigation est pfff…. Alors il y a aussi de très jolies galleries en flash, mais je préfère le web « classique » ;)
    Quant à la capture d’écran, je ne vois pas en quoi elle réduit la qualité de la capture par rapport à l’image affichée. Je n’ai jamais observé ce phénomène … :)

  • http://totographe.free.fr/index.php?post/2009/07/22/Photos-sur-internet%3A-proteger-son-droit-dauteur Mon Totoblog

    Photos sur internet: protéger son droit d’auteur…

    Dans la série "Bokeh Academy’, j’ai publié un 3e article sur un sujet chaud pour les auteurs photographes: la protection du droit d’auteur. Ca se passe ici ……

  • sane79

    superbe article, bravo

  • http://www.flickr.com/photos/elleirame/ elleirame

    Bien fichu, complet…

  • GuyD77

    Je ne comprends pas votre « réserve » sur les sites mettant un lien sur vos photos.
    Lorsque je visite une exposition et qu’une oeuvre m’a plu particulièrement, j’aime bien partager cette découverte avec d’autres personnes (qui en profiteront pour visiter toute l’expo). C’est pareil pour une « expo » sur le net, je donne l’adresse de la page de la photo ou du site, et,dans le genre fickr, de l’album (si c’est le sujet que je veux noter) ou de l’auteur quand il s’agit de toute une oeuvre. J’écarte bien sur les affichages à partir du site original.

  • http://totographe.free.fr totographe

    Bonjour GuyD77,
    ma réserve ne porte pas tant sur les liens que sur la reproduction sans en demander l’accord.
    Mais je dirais que mettre un vrai lien hypertexte est le minimum, voire la barrière entre le limite correct et l’incorrect.

    Ce que je dénonce plutôt, sont ceux qui mettent l’adresse de la photo, mais hors lien. De cette façon, impossible de savoir grâce aux stats qu’untel parle de vous.

    De plus, il faut voir que parfois, ceux qui utilisent vos images sur leurs sites, ne le font pas pour faire la promotion de votre travail, mais simplement pour illustrer leurs propres articles, qui leur généreront d’une façon ou d’une autre une valeur ajoutée (pécuniaire ou autre). La démarche est alors bien différente de celle que vous décrivez.

  • http://wayx.fr wayx

    Merci pour cet article !

  • http://www.ledauphin.org/ Stéphane

    Salut,

    En cas de HotLink, il est possible de faire des petites farces à l’indélicat … En mettant au point un fichier htaccess qui, lorsque le referant n’est pas son propre site, renvoi un autre fichier, avec un texte du genre « Je ne possède pas les droits sur cette image » par ex. J’en connais quel qu’uns qui ont cherché pendant longtemps ;-)

    Stef

  • http://ne-photographies.fr/portfolio/ Nikolas

    voila un article/tutoriel bien fait et qui résume bien le process de protection

  • http://www.myows.com myows_fr

    Bravo pour cette article, très complet et facile d’accès (pas toujours évident quand on parle de droits d’auteur)
    J’y aurais ajouté le site http://www.myows.com (dont je viens de finir la version française ^^)
    C’est une application Web qui permet d’enregistrer gratuitement son contenu en ligne et qui apporte une preuve d’antériorité en cas de litige.
    Tout commentaire sur cette version (Bêta) est bien sûr le bienvenu !

  • krakito

    un article bien ficelé merci pour toutes les infos car en droit d’auteur la legislation est compliqué surtout sur le net

  • http://photouch.me/?p=36 Google et la recherche par image -

    […] plus gros problème du plagiat, quand les voleurs ne font pas de hotlink, c’est qu’on ne peut pas les […]

  • Hardyb Photo

    Bonjour ! Cet article est très intéressant et va beaucoup m’aider à mettre en œuvre ma galerie photo sur wordpress ! J’aimerais rajouter une petite astuce : empêcher tout simplement le clic-droit sur les images et le texte du site, grâce à de petits plugin, comme BlogContentProtector (possibilité d’ajouter un texte perso lors d’un clic droit).

    D’autre part, le systeme de « copyright » est inutile en France, car notre pays ne fait pas partie du common-law, et le petit © si connu n’a aucune valeur juridique.
    source : http://www.inpi.fr/fr/questions-faq/question/faq_question/lutilisation-du-sigle-c-copyright-est-elle-soumise-a-autorisation-2488.html?cHash=2dd6d5fb3e

  • Claude Therese

    Bonjour, dans le cadre de notre activité d’agence RP nous sommes conduit à diffuser des photos hautes résolutions illustrant les dossiers de presse de nos clients ou fournis sous la forme de press kit au médias. Comme InstantRP diffuse ces dossiers dans le monde entier nous rencontrions les mêmes problèmes que vous.

    Sur les conseils d’un juriste spécialisé non sommes revenus aux fondamentaux enregistrer et déposer les photos des kit press après du Copyright Office. Nous utilisons les forfait de dépôts de http://www.7copyright.com (copyright photo) toutes les photos mises dans notre dossier cloud sont enregistrées, fixées et inscrites au copyright office pour le prix d’un timbre poste.

    Notre service contentieux s’appuyant sur le droit US et le certificat de dépôt le service signale à l’hébergeur, à Google et Yahoo la violation du droit d’auteur. Menacé d’erreur 404 et de black listage par les moteurs de recherche dans 80% les images sont supprimées des sites sous 8 jours. Dans le cas contraire un courrier type avec la menace d’amende forfaitaire de 35 000 US$ inscrite par la loi nous obtenons le blocage du site par son hébergeur qu’il soit français ou US.

    Savez-vous que Google blacklist et supprime de son index plus d’un million de pages par mois pour violation de l’US Copyright sur simple signalement. Merci, Universal, Microsoft, Adobe, Getty Images…