Ma première séance de nu artistique
Par moky99 • 1 oct, 2009 • Catégorie: nuNDLR (Stephane) : Moky99 a proposé sur le forum une série photo sur le thème du nu artistique. A ma demande, je lui ai proposé de nous raconter comment il a appréhender ce travail. Il nous livre aujourd’hui son expérience photographique.
Culture photographique et envie d’apprendre
Le nu. Un mot qui fascine et fait peur. On a tendance à regrouper sous ce terme tout et surtout n’importe quoi. On y met aussi bien le nu artistique, que beaucoup de grands photographes ont magnifié, mais aussi le plus sordide, les photos que l’on trouve sur internet, sur des sites dont le seul but est de faire de l’argent et qui montrent une image dégradante de la femme.
Ma culture photographique, assez large, m’a permis d’aborder ce thème avec humilité et avec assurance. Mes maîtres en la matière sont Lucien Clergue, Jean-François Jonvelle, Richard Avedon ou bien encore Jean-Loup Sieff.
Je me suis essayé à pas mal de thématiques en photo : portrait « classique », glamour, architecture, paysage, abstrait. Il me manquait la photo de nu. C’était donc à la base un défi pour moi, pour voir de quoi j’étais capable techniquement et artistiquement.
La genèse du projet
Dans un premier temps, j’ai élaboré un storyboard. J’aborde mes grands projets photos comme un scénariste qui imagine une histoire et chaque scène de cette histoire. Or, le scénario est tout simple ici. Je voulais montrer l’histoire d’une jeune femme, seule, qui se réveille le matin et tente de donner un sens à sa vie, et qui se questionne sur son existence.
Pour chaque scène, j’ai réalisé une esquisse (je ne suis pas très bon dessinateur…), j’ai reporté sur un plan de ma chambre – c’est là que s’est déroulée la séance - la position du modèle et du photographe, et enfin j’ai écrit à côté la pose souhaitée, les données techniques (cadrage, focale, mise au point). Cette étape s’est révélée capitale par la suite, on le verra. Je ne pense pas que beaucoup de photographes travaillent ainsi mais c’est ma façon à moi d’organiser mes idées et surtout de perdre le moins de temps possible lors de la séance.

En quête d’un modèle
Ma première idée était de proposer à des amies de poser mais j’ai vite compris qu’elles étaient réticentes à poser nues, même si on se connaissait bien. Je me suis donc orienté vers les sites internet de books photos, comme book.fr où j’ai créé mon mini-site, avec photos et motivations à l’appui. Le site book.fr (mais il y en a d’autres similaires) regroupe les books de photographes, modèles, acteurs, chanteurs… Bref, un magnifique vivier de talents. Un moteur de recherche extrêmement fin permet de trouver les modèles qui correspondent au projet. Pour ma part, je cherchais une jeune femme de 18 à 30 ans, ayant déjà posé pour du nu artistique, vivant sur Paris et acceptant de poser contre rémunération ou contre des tirages photos.
La sélection se restreignait assez vite à quelques modèles. J’ai alors découvert Vita/Orlando (son pseudo), jeune femme, étudiante en histoire, et qui avait déjà fait des photos disons assez osées. En outre, bien qu’elle pose contre rémunération, elle aime beaucoup la photographie, et j’en veux pour preuve qu’elle a une bonne culture de la photo, comme en témoignent les discussions que nous avons eues par la suite.
Je l’ai contactée en lui indiquant clairement mon projet, avec le type de poses souhaitées. Je pense qu’il faut jouer cartes sur table dès le départ, dire exactement ce qu’on veut, ne pas tourner autour du pot. Ca évite les malentendus et ça évite de perdre du temps. Donc, en clair, je lui ai expliqué que je cherchais une jeune femme pour poser nue, sur des poses parfois un peu crues, mais que mon but était de faire de la photo artistique, travaillée. De plus, je lui ai envoyé l’adresse de mon site internet qui, bien que ne montrant pas de photos de nu, lui prouvait que je n’étais pas un « faux-tographe » mais que je savais me débrouiller dans le domaine de la photo.
Mon travail général, en particulier sur mes portraits, lui a beaucoup plu. Vita/Orlando m’a proposé de la rencontrer sur Paris pour discuter du projet et surtout pour mieux se connaître.
Première rencontre
Cette phase de découverte mutuelle en face à face, dans un lieu neutre (un bistrot par exemple), me semble essentielle. Si j’étais modèle, je n’oserais pas me rendre chez quelqu’un que je ne connais pas pour poser nue.
Nous avons passé une bonne heure ensemble. Je lui ai montré ma centaine d’esquisses, autant de poses qu’elle devrait effectuer chez moi ; elle accepta toutes les poses, certaines lui plaisant beaucoup. J’avais aussi amené des photos de la chambre où aurait lieu la séance.
Puis nous avons parlé de points plus terre-à -terre comme sa rémunération ou le contrat de droit à l’image. Je lui ai fourni, en double exemplaire, un contrat qu’elle devra signer, dans lequel, en substance, j’indiquais qu’elle s’engageait à me céder tous ses droits sur les photos réalisées. Je listais les usages possibles (site web, magazines, expositions, galeries, vente de photos, etc…). En échange, je m’engageais à la rémunérer, à lui fournir des DVD avec les fichiers RAW (tous, y compris les photos ratées), des photos retravaillées en jpeg pour son book personnel.
Enfin, je lui indiquais les accessoires de mode dont j’aurai besoin (t-shirt noir, petite culotte en dentelle, bas noir autofixant). Et aussi de ne pas venir maquillée, je voulais l’image d’une jeune femme qui se réveille.
Petite astuce : je lui demandais de venir chez moi sans sous-vêtements, tout bêtement pour éviter les marques sur la peau… et aussi d’amener une robe rapide à mettre pour se rhabiller pendant les pauses.
Nous nous quittions alors, ravis d’avoir fait connaissance, de nous être appréciés et prêts à travailler ensemble.
Le grand jour arrive
Quinze jours après notre première rencontre, je retrouve Vita à la gare. Je l’emmène chez moi. La première chose à faire, c’est de lui faire découvrir son aire de jeu, pour la rassurer. J’habite un appartement assez grand, bien éclairé, où on se sent bien je crois. Nous visitons l’appartement, je lui montre la salle de bains où elle pourra se préparer et poser ses affaires, la chambre où seront réalisées la majorité des photos, et une seconde chambre où seront faites les photos debout.
Après un café agrémenté de viennoiseries, je lui ai proposé de démarrer. Pendant qu’elle se déshabillait dans la salle de bains et se préparait, je préparais de mon côté le matériel photo. Un EOS 5D Mark 2, un grip, un objectif très lumineux Canon 50 f/1.4, mes cartes mémoire (une 16Go et deux 4Go), le Mac allumé prêt à recevoir les photos. Je travaille en lumière naturelle. Ma chambre donne plein est, la lumière est tamisée par des voilages blancs. Le 50 à pleine ouverture fonctionne magnifiquement bien avec ces conditions lumineuses pas idéales ; pas besoin de flash finalement. Et je suis resté à 100 ISO la plupart du temps. J’aime beaucoup jouer sur la profondeur de champ donc je suis resté à 1,4. Je réglais la vitesse uniquement.
Elle entra, nue, dans la chambre. Je la regardais rapidement en toute pudeur et lui demandais de s’asseoir sur le lit en attendant. Le respect entre le modèle et le photographe est essentiel. On doit garder un œil professionnel, on n’est pas là pour mater pour parler vulgairement.
Puis, assis côté à côte sur le lit, je lui ai montré la première esquisse. Nous avons procédé ainsi pour la centaine de poses à faire. Nous stoppions une minute, on regardait l’esquisse, Vita se plaçait sur le lit, je lui demandais de petites corrections. Je l’ai rarement touchée, sauf pour positionner un pied, une main, la jambe, toujours avec le plus grand respect. Elle n’était pas gênée de montrer son intimité, même pour des clichés parfois crus, mais jamais vulgaires.
J’appréhendais un peu cette première séance de nu. Pendant la première heure, je n’étais pas forcément très à l’aise. C’est quand même inhabituel de photographier ainsi une femme nue, ça peut se comprendre. Puis ensuite on oublie quasiment que le modèle est nu, on réfléchit surtout à bien réussir la photo, à bien cadrer, à la lumière qui joue avec la peau.
Toutes les deux heures, nous faisions une pause rapide, le temps de vider la carte mémoire sur le mac, pour boire un verre d’eau. A midi, nous avons pris une heure pour déjeuner chez moi, l’occasion de parler d’autre chose que de photos. Nous avons parlé voyages, des Etats-Unis…

Commencée à 9h30 du matin, la séance s’est achevée à 17h. Nous étions elle et moi fatigués. Une séance photo, c’est un don de soi, un grand effort de concentration. La fatigue est surtout nerveuse.
Et après ?
Comme promis, j’ai envoyé à Vita quatre DVD remplis de fichiers RAW (j’ai réalisé plus de 850 clichés ce jour-là ). Et pendant la semaine qui a suivi, j’ai réalisé ma sélection sur Lightroom (120 photos), et au final j’en ai retravaillé 35 sur Photoshop. Je lui ai envoyé ces photos retravaillées dont elle pourra se servir pour son book (en mentionnant mon nom) mais qu’elle n’a pas le droit de vendre.
Pour ma part, mon souhait est de monter une exposition, seul, ou avec l’aide d’une galerie. Pas facile d’exposer du nu, les gens sont réticents, même si les miens ne sont pas vulgaires. Mais montrer explicitement un sexe sur une photo est mal perçu, sauf si on s’appelle Araki ou Jonvelle et qu’on n’a plus rien à prouver… Un galeriste parisien à qui je montrais mes photos me disait que le fait de montrer une photo « soft » ou « hard » en galerie importait peu . Ce qui importe, c’est que la photo raconte une histoire, questionne le spectateur. Mais c’est valable aussi pour d’autres domaines de la photo que le nu.
J’ai pu constater que mes photos plaisaient dans l’ensemble, sur des sites comme bokeh, artlimited, altphotos ou sur le forum photo.fr
Mon désir maintenant est de les exposer dans des lieux publics (restaurants, commerces divers) ou chez une galeriste qui pourrait les vendre.
Conclusion ?
Cette première expérience m’a beaucoup appris sur la direction d’un modèle, sur les rapports entre le photographe et le modèle. J’ai vu que j’étais capable de faire des photos pas mauvaises dans ce domaine et que mon approche de la femme au travers de mes photos était appréciée par les spectateurs.
A mon sens, la photo de nu, dans son essence la plus artistique, est ce qu’il y a de plus dur en photo. Le corps humain ne pardonne aucune erreur de mise au point, de lumière, de cadrage. Chaque détail compte. Arriver à sortir de l’appareil un grand nu, une image qui marque, reste encore pour moi un défi, un but à atteindre.
Je ne compte pas me spécialiser dans le nu artistique mais j’ai envie de tenter d’autres choses dans le domaine, avec Vita et avec d’autres modèles. Les photos vont enrichir mon book et légitimer mes demandes quand je rentrerai en contact avec d’autres femmes.
Je vous invite tous et toutes à vous lancer dans la belle aventure du nu artistique. C’est une expérience extrêmement valorisante où on apprend énormément. Commencez par prendre en photo votre partenaire comme s’il s’agissait d’un modèle, donc en conservant une certaine distance (pas facile). J’espère que cet article vous aura intéressé et appris certaines choses sur l’organisation d’une séance de nu.
Pierre-Marie Pelé
Vous pouvez voir les photos retravaillées de ma séance sur mon site amadriel.com
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Superbe travail pour une première. Et en plus très respectueux du modèle. Je ne peux que saluer cette pratique.
merci pour ce retour d’expérience, on en apprend beaucoup
Bravo pour cette premiere.
Les photos sont magnifiques. J’aime beaucoup ses tatouages, tres originaux!
Du tres grand et bon travail. c’est passionnant. ca donne envie et en meme temps rien que d’y penser ca impressionne…coup de chapeau et tous mes respects !
Ca fait plaisir de cotoyer de tels photographes et de profiter de leur expérience !
chapeau bas, je t’ai déjà dit quelques trucs sur le forum, ici, je te redis bravo !
Salut,
Du travail minutieux et fin…photos très douces. Le modèle a l’air à l’aise et les prises sont respectueuses et très suggestives à la fois ! Ha…le canon 50 mm f/1.4…quelle merveille…on peut dire ce que l’on voudra…je n’arrive plus à “décoller” le mien de mon boitier. Moi aussi j’apprécie la pleine ouverture, PDC courte. Ca oblige à super bien penser son cadrage…et j’ai encore du boulot !
Chapeau sinon !!
Merci pour ces retours, ça fait plaisir. J’espère surtout que l’article en inspirera certains et que vous vous lancerez dans l’aventure
Du très beau travail, de la préparation de ta séance au shooting tout semblait bien borde. J’apprécie ta démarche ainsi que le respect sur tu prêtes au modèle, bravo a elle d’ailleurs !!!, bref bonne continuation et que ton oeil devienne le même que celui d’Helmut Newton
merci
c’est trop d’honneur. Le chemin reste long pour arriver ne serait-ce qu’à la cheville de nos illustres maîtres